C'est ce que m'a dit la fille de la dame qui a pris la chambre de mon père au centre pour personnes âgées. Oui, c'est certain. Un gros contrat d'amour qui se vit un jour à la fois, sans promesse d'avenir. Des moments remplis d'émotions, de joie, de frustration, de panique devant la maladie. Des moments à la fois riches et privilégiés, mais aussi difficiles. C'est ça accompagner quelqu'un qu'on aime.
Tous les proche-aidant comprennent ce qu'on ressent... et moi je les comprends mieux maintenant. Je les vois plus aussi. Les soeurs en face de chez nous et leur mère malade. Elles l'ont soigné jusqu'au bout, à la maison. Cette fille dont le père est Alzheimer et qu'elle accompagne à la messe, elle aussi. Et d'autres encore... comme cette chanteuse d'opéra qui, un jour, quitta Paris pour revenir auprès de sa mère, Alzheimer elle aussi. Mais aussi des parents d'enfants handicapés.
« Ce que vous aurez fait aux plus petits d'entre nous, c'est à moi que vous l'aurez fait. »
On ne les voit pas ces personnes. Souvent des femmes. Elles servent discrètement, se consacre jour et nuit. Parfois, elles doivent laisser partir enfin à l'hôpital ou dans un centre spécialisé. Épuisées, elles n'en peuvent plus.
C'est en le faisant que je me suis rendue compte du principal sacrifice, notre liberté, et du peu de services d'aide. Les bénévoles vieillissent eux aussi. Sont fatigués. Toujours les mêmes qui font tout, qui s'impliquent partout. Toute une génération de bénévoles qui vont s'envoler...
Lors de mon voyage sur la Côte-Nord, au monastère de Charlevoix, Père John me demande : «Où vas-tu ?».... Dans une intuition, je lui réponds: «Vers moi».
vendredi 16 août 2019
jeudi 8 août 2019
À contre-courant
Ce texte Si j'avais su... a été lu par un prêtre lors de funérailles cet automne. Je le trouvais beau (le texte), mais il arrivait « justement » au moment où je me posais la question : « Quand vais-je ramener mon père à la maison? ».
Question qui n'est pas banale. En fait, plutôt à contre-courant. Mon père était « placé » dans un centre pour personnes âgées. Mais il y était malheureux, trop éloigné de la maison, de la famille, de tout. Et sa santé nécessite constamment une « écoute active », fragile qu'il est, d'une heure à l'autre.
Lorsque Aînée m'a dit : « On devrait s'organiser pour le garder à la maison... pour ne pas avoir de regrets plus tard... pour en prendre soin. » Notre mère est « partie », du jour au lendemain. Si on avait su... J'y ai réfléchi longuement. Tout chambouler notre univers n'est pas très la mode aujourd'hui. Se consacrer à l'autre, sacrifier surtout sa liberté pour devenir proche-aidante. Au moins à tour de rôle.
Et puis, un jour, en regardant une vieille lampe à pétrole, je me suis rappelée lorsqu'on était enfant et que l'électricité manquait. Le feu de cette lampe brûlait doucement dans le corridor, nous rassurait. Papa veillait à tout. Il était notre sécurité. On ne manquait de rien. Aujourd'hui, c'est à nous de veiller sur lui, d'être sa sécurité.
Je suis partie, après la messe... le ramener à la maison.
Question qui n'est pas banale. En fait, plutôt à contre-courant. Mon père était « placé » dans un centre pour personnes âgées. Mais il y était malheureux, trop éloigné de la maison, de la famille, de tout. Et sa santé nécessite constamment une « écoute active », fragile qu'il est, d'une heure à l'autre.
Lorsque Aînée m'a dit : « On devrait s'organiser pour le garder à la maison... pour ne pas avoir de regrets plus tard... pour en prendre soin. » Notre mère est « partie », du jour au lendemain. Si on avait su... J'y ai réfléchi longuement. Tout chambouler notre univers n'est pas très la mode aujourd'hui. Se consacrer à l'autre, sacrifier surtout sa liberté pour devenir proche-aidante. Au moins à tour de rôle.
Et puis, un jour, en regardant une vieille lampe à pétrole, je me suis rappelée lorsqu'on était enfant et que l'électricité manquait. Le feu de cette lampe brûlait doucement dans le corridor, nous rassurait. Papa veillait à tout. Il était notre sécurité. On ne manquait de rien. Aujourd'hui, c'est à nous de veiller sur lui, d'être sa sécurité.
Je suis partie, après la messe... le ramener à la maison.
vendredi 2 août 2019
Si j'avais su...
Si j'avais su que ce serait la dernière fois que je te verrais dormir,
je t'aurais embrassé du plus fort que je pouvais.
Si j'avais su que ce serait la dernière fois que je te voyais franchir la porte,
je t'aurais serré très fort contre moi.
Si j'avais su que ce serait la dernière fois que j'entendrais ta voix,
je l'aurais enregistrée pour la réécouter chaque jour.
Si j'avais su que ce serait la dernière fois, j'aurais pris le temps de m'arrêter et de te dire
« je t'aime », au lieu d'assumer que tu le savais.
Si j'avais su que ce serait la dernière fois, je serais resté là
pour partager ce jour avec toi, au lieu de penser
que tu en avais tellement d'autres à vivre,
que le laisser passer sans te voir n'avait pas d'importance.
On peut toujours remettre au lendemain ce qu'on pourrait faire aujourd'hui.
On a toujours une seconde chance. C'est ce qu'on croit.
On pourra dire demain : « Je t'aime », « Tu es important pour moi »,
« Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire pour toi ? »
Mais, sait-on jamais ?
Aujourd'hui est tout ce que je possède, et je veux te dire combien je t'aime.
Demain, ne l'oublions jamais, n'est jamais une certitude, juste une promesse.
Aujourd'hui est peut-être notre dernière chance de dire notre amour.
Si vous pensez le faire demain, pourquoi pas aujourd'hui ?
Parce que, si demain ne vient jamais,
vous risquez de regretter de ne pas avoir pris ce moment pour un sourire, une caresse,
un baiser, une étreinte, une attention qui aura été son dernier souhait, sa dernière joie.
Prenez le temps de serrer ceux que vous aimez dans vos bras,
chuchotez-leur des mots tendres, dites-leur combien vous les aimez,
combien vous les aimerez toujours.
Prenez le temps de leur dire : « Je te prie de m'excuser »,
« Je suis désolé », « Merci », « Il n'y a pas de problèmes »,
et finalement, de les regarder d'un regard d'amour.
Si demain ne vient jamais,
vous n'aurez aucun regret de ce qu'aurait pu être aujourd'hui.
Auteur : Jasmine
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