vendredi 2 octobre 2026

Le fil invisible de Dieu

 Les choses se préparent parfois très longtemps d'avance...

J'ai travaillé pendant quelques mois, dans les années 80, à l'animation pour les malades chroniques demeurant à notre ancien hôpital : personnes âgées, malades ou handicapées. J'y ai connu une fille de quelques années plus âgée que moi, qui, après un grave accident au début de la vingtaine, est demeurée dans ce lieu déprimant. Dans un coin de sa chambre, une photo la montre debout, souriante. Elle a gardé son sens de l'humour... même en chaise roulante. 

Mon contrat terminé, j'ai continué de garder un lien d'amitié avec elle. Puis, je l'ai perdue de vue durant toutes ces années fort occupées et de pérégrinations sur la grand'terre. En de rares occasions, je prenais le temps d'aller la voir. On la déménagea enfin dans une maison au style plus familial. 

Sa condition s'est détériorée en vieillissant. Depuis quelques mois, je la revois souvent... au CHSLD pendant mes visites de communion. Nous discutons maintenant de spiritualité. S'ouvre une fenêtre que je ne lui connaissais pas. À 19 ans, elle dirigeait la chorale de sa paroisse! Après son accident, elle n'est pas devenue amère ou en tout cas, elle a cheminé. Car elle me parle de sa grande foi en Dieu et en Jésus, qu'elle aime « rencontrer » en communiant. Elle débute chaque jour en leur demandant du courage et de la patience. Dieu sait qu'il en faut dans sa condition. 

Je ne peux presque plus lui offrir la communion car elle s'étouffe facilement. J'ai été délinquante une fois à sa demande. Mais je n'ose plus. Justement, dernièrement, elle a vomit devant moi. Puis elle m'a dit : « Je voudrais voir un prêtre. » 

Bon. Elle ne m'a pas l'air si malade. Mais peut-être qu'elle sent quelque chose... Je suis très sensible à ce genre de demande. « Je vais t'en trouver un! »  

Dans ce genre de situation, on ne sait jamais... alors pendant le dîner, je contacte un prêtre de ma connaissance.  Il ne lésine pas lui non plus et la priorise dans son après-midi. 

Lorsque je le recontacte vers 15h pour savoir s'il la bien rencontrée, il me raconte ceci : « Je m'en vais justement à sa rencontre... mais j'ai été retardé. Rendu à l'accueil, j'ai demandé à voir Élise C. et la personne m'a répondu : « Vous voulez dire Lise C. ? » Je lui ai répondu : « Puisque vous me parlez de cette personne, je vais aller la voir. » Elle était justement en soin palliatif, dans ses derniers moments, entourée de sa famille. Ils ont accepté que je lui donne les derniers sacrements. » 

La surprise, je lui réponds : « C'est bien, car elle a été l'organiste de la paroisse pendant longtemps. » 

À la visite suivante à mon amie, je lui ai raconté cette histoire. Elle qui aime se rendre utile en pliant des serviettes pour les préposées, je lui ai dit que Dieu lui a donné cette mission, ce message pour que je puisse faire le lien avec le prêtre. Et dans l'intelligence du coeur de celui-ci, s'est inscrit le besoin d'aller rencontrer cette personne... à ce moment précis. 

Pendant un moment,  mon amie a été, rien de moins, que l'intermédiaire de Dieu.





 


vendredi 12 juin 2026

L'esprit de Dieu

J'en ai déjà parlé, mais plus je vieillis, plus c'est tellement encore d'actualité dans ma vie.

J'ai eu une discussion dernièrement avec un ami. Comme beaucoup d'autres, il a décroché de sa religion catholique : « Je ne peux pas croire qu'un Dieu laisserait faire tout ce qui se passe, les guerres, la violence aux enfants... [...] tout le mal qui existe aujourd'hui c'est la faute des religions! [...] Jésus, on est même pas sûr qu'il a existé... » etc. Et on n'a même pas effleuré le sujet des pensionnats amérindiens! Je lui réponds tel le livre Le choix de Sophie où quelqu'un disait en voyant les camps de concentration : « Mais où était Dieu ? » et l'autre de lui répondre : « Mais où était l'homme ? » Et un autre de dire : « L'homme sans Dieu c'est la science sans conscience. »

J'ai entendu aussi de ces premiers arguments d'une autre amie rebelle, athée, la même semaine. Pourtant, c'est une miraculée de la science...  Je l'aime beaucoup malgré nos tempéraments très différents. Elle est très authentique.

Le premier me dit qu'il lit beaucoup. « Sur Internet ? » que je lui réponds. « Entre autres ». Ceci explique cela en bonne partie. On y lit beaucoup plus rarement tout le bien qui a été fait au nom de Dieu et de Jésus : « Que ta main droite ne sache pas ce que donne ta main gauche... »

Comme tous ceux que j'entends ces arguments négatifs, je ne le sens pas heureux de s'être « libéré » de Dieu mais plutôt en colère, plein d'amertume. Pourtant, il est passé lui aussi à un fil de la mort il y a quelques années. Un fil du néant athée. La grande noirceur pour nous et ceux qu'on aime. 

Cette idée m'est insupportable, et la foi, dans cette perspective, est un privilège. Celui qui touche une autre amie de la famille, rencontrée aussi cette semaine. Elle a un cancer mais demeure sereine en ajoutant simplement sans connaître mon cheminement : « Mais j'ai la foi ».  C'est un privilège de croire dans la continuité de la vie et à la lumière, la paix, la beauté, l'amour, l'accueil de ceux qui nous attendent : « Celui qui croit en moi aura la vie éternelle » a dit Jésus. Pourquoi ? Que se passe t-il physiquement dans notre âme si on se maintien dans cette visualisation positive ? C'est un bien grand mystère. 

Mais ce mystère, lorsqu'il nous habite, lorsque l'on s'ouvre, qu'on se laisse toucher par ces paroles en se fermant aux discours qui tentent de le déconstruire, me porte chaque jour dans mes moments difficiles mes peurs, mes choix. Pour moi, comme beaucoup d'autres (voir mon billet que je viens juste de relire « par hasard » dans mes statistiques 11 septembre 2001... à Terre-Neuve) il m'inspire dans  ma manière d'être, de penser, ma volonté de me développer personnellement, dans mes actions. De devenir et de donner le meilleur de moi-même, en autant que je le peu, dans toutes mes imperfections. Comme dans ce rêve où je volais selon des pensées positives, et que je descendais lorsque mes pensées étaient négatives.

Et, je me disais ce matin en lisant les nouvelles déprimantes du jour, même si on ne veut/peut pas croire en l'existence d'un Dieu le Père et son fils, qu'est-ce que de croire en l'esprit de Dieu, c'est à dire en se laissant porter par des mots porteurs d'espoir et de lumière ? Comme les alcooliques qui arrivent dans un centre de traitement des dépendances (L'armoire aux menteries, Le jour où je suis rentré à la maison) ou aux AA et doivent s'en remettre à « un être supérieur ». 

Jouer au croyant en s'ouvrant aux enseignements positifs, les mettre en pratique ne peuvent que nous bénéficier ainsi qu'au monde qui nous entoure. C'est baigner dans une aura de lumière, d'amour, de paix, de respect, de solidarité déjà sur cette terre... C'est beaucoup. C'est visualiser un tas de belles choses positives. Et ça, toutes les sciences du monde sont d'accord pour dire que ça nous fait du bien! 

Quelqu'un m'a dit un jour : « L'optimiste et le pessimiste ont tous deux 50 % de risque de se tromper... Mais l'optimiste a beaucoup plus de fun! » 


dimanche 1 février 2026

Question de perspective

En sortant de la messe, un jour, un prêtre me dit : « Mais pourquoi on annonce deux fois les intentions de messe ? » Et moi de lui répondre, inspirée : « Nous (les sacristines), les présentons à la communauté. Vous, (les prêtres lors de la consécration) les... 

Et le prêtre de compléter : «... présentons à Dieu. »

De la même manière, j'amène la communion au CHSLD. Mais parfois, je ne peux pas. Je me suis dit un jour que ce n'était pas tant pour le travail que ces personnes ont à faire personnellement, puisque recluses dans leur chambre, elles ne doivent pas tellement être en discorde. « De toute manière, ces gens sont plus bénis que moi! » Ils prient bien souvent, toute la journée. Ils n'ont que ça à faire. Lorsque j'arrive, certaines égrènent leur chapelet. Elles me semblent plus près de Dieu que je puis l'être.

Et puis, cette semaine, j'ai réalisé une chose. La communion leur fait plus ressentir la présence de Jésus et de Dieu, qu'ils les accompagnent dans cette fin de vie souvent difficile puisque vieillissante, souffrante et handicapée. Comme une visite qui leur arrive par la porte, en plus de leur coeur. Un pain béni rempli de lumière et d'amour.

 

mercredi 31 décembre 2025

Au travers les siècles : Jérémie

 Je rapporte le petit ciboire après la communion au CHSLD. En fait, je l'ai oublié et suis revenue le porter avant la messe de ce soir, le 31 décembre. Celle-ci, je l'ai offerte au Sacré Coeur de Jésus pour faveurs obtenues. Des miracles qu'on attendait depuis un bout. Des grâces pour la famille... 

En sortant, je croise un homme qui, justement, souhaitait me revoir depuis longtemps pour me rappeler un souvenir très spécial. Son frère et moi lui avions offert l'hospitalité quand sa femme, en fait son ex., fut très malade d'un cancer. Je ne sais plus s'ils étaient séparés à l'époque, car ils sont toujours demeurés de bons amis. Il est resté plusieurs fois chez nous, en ville, pour en prendre soin.

Un jour que je l'accompagnais en voiture pour la visiter, un gars à vélo nous fait signe de nous arrêter. Il lui donne alors un billet avec quelques mots du prophète Jérémie écrits dessus. Je ne me souviens plus très bien ce qu'il était écrit mais en gros, qu'il passerait à travers la tempête... J'étais sans voix comme il me rappelle. Il se nomme aussi Jérémie. Et je lui dis enfin : « Le Seigneur vient de te faire signe. » 

Sa femme en est ressortie guérie. Elle a conservé précieusement ce mot. 

Il est passé au travers une autre tempête pour lui-même, dernièrement, où il fut guéri aussi. Mais surtout, j'ai su qu'il s'est offert pour le miracle tant attendu du début. La place était déjà prise, mais il demeure disponible gratuitement. Il est toujours demeuré client chez mon père. Il a essayé d'aider frérot dans son défi personnel. Il a donné du meilleur de lui-même. 

Je lui ai répondu : « Ce que tu fais pour les miens, c'est à moi que tu le fais... comme il a été dit (par Jésus) : « Ce que vous aurez fait aux plus petits d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez... »

Ce sont tous de petits et de grands liens d'amour et d'humanité.

Il était heureux de le partager avec moi, avec sa compagne. Et moi de l'entendre. 

Je le croise dans mon église, où je ne sais pas pourquoi, au juste, il était là en plein après-midi de semaine. Dans ces quelques minutes où je suis revenue sur mes pas, juste après avoir été porter mes effets. 

Que dire de plus...

Sinon, que Dieu nous bénisse, bonne et heureuse année... et de la santé en masse!


lundi 26 août 2024

Je m'y sens bien

 J'arrive à l'église, allant chercher les hosties de la communion pour le CHSLD. Comme très souvent en entrant dans ce lieu silencieux sur semaine, je ressens la paix et la douceur. Cette fois je le dis dans un souffle : « Je me sens bien ici. Je me sens chez moi. » 

Un peu plus loin, dans la sacristie, je rencontre un homme, Chevalier de Colomb, bénévole pour le prochain spectacle bénéfice. Je lui dis en le taquinant : « Tiens, encore ici... ».  Il me répond : « Oui, et je me sens bien ici. De plus en plus. » 

Sentiment partagé entre grenouilles et crapauds de bénitier. Nous pataugeons avec joie dans la cour de Dieu, l'odeur d'encens et la lumière.

vendredi 9 août 2024

Sac à dos

J'ai acheté ce sac à dos en ville, il y a plusieurs années. Noir avec des roses. Joli et pratique avec ses pochettes. Juste assez grand pour porter mes nombreux livres, mon lunch et mon portable. Au travail et aux études, je l'ai traîné dans l'auto, le train, le métro à m'en faire une capsulite à l'épaule : enlève, replace, enlève, replace... J'ai quitté mon emploi et suis revenue. 

Étonnamment, il est encore en très bon état. Bien que je sois un peu fatiguée de le voir, depuis le temps, et qu'il me rappelle le passé et tous ces efforts, il me sert maintenant à amener le petit ciboire pour la communion au CHSLD. C'est plus discret que de partir avec celui-ci dans les mains. 

Mais une idée lancinante (et de qui nous viennent ces inspirations ? Bonne question!) me revient depuis peu, celle de le donner peut-être à une proche toujours en errance et pas fortunée. Plus ça va, plus je le trouve un peu grand. Et j'en ai tellement de sacs. En ai-je vraiment besoin ? 

Ce matin de milieu de semaine, je rentre dans l'église pour aller chercher les hosties pour la communion au CHSLD.  Dans ce lieu habituellement vide ou presque à cette heure, je croise « par hasard » cette proche qui ne le fréquente jamais, accompagnée de l'une de mes soeurs qui souhaite la raccrocher à Dieu. C'est un signe ? 

Je décide que voilà, ce sera aujourd'hui! Je lui offre mon sac à dos qui me semble fait pour elle. Ses yeux brillent de joie! Non seulement il est à son goût, mais elle avait décidé, ce matin-là, qu'après sa visite de l'église... elle s'en achèterait un!

Les grands esprits se rencontrent... dans l'Esprit!